ATLAS – Association pour la promotion de la traduction littéraire

Dans le cadre du projet Archipelagos, porté par ATLAS et co-financé par l’Union Européenne, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et La Sofia, la traductrice littéraire Tânia Ganho a effectué une résidence d’exploration de deux semaines, afin de rechercher des textes et de nouvelles voix francophones à faire découvrir aux éditeurs et aux lecteurs portugais, pour renforcer les liens entre les deux cultures et offrir au public une littérature plus diverse.

 

Nous vous proposons de découvrir son exploration au CITL et à Arles.

7 octobre 2026

Propos recueillis par Nelly Ayme, volontaire en service civique avec ATLAS en 2026.

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Tânia Ganho. Traductrice littéraire depuis vingt-cinq ans, je traduis de l’anglais, de l’espagnol et du français vers le portugais. Je suis également écrivaine, autrice de plusieurs romans publiés au Portugal et au Brésil.

Tu as participé à l’atelier L’auberge du lointain en 2021 qui rassemblait neuf des traducteurs de L’Anomalie de Hervé Le Tellier en compagnie de l’auteur. Comment s’est déroulé l’atelier ? Qu’est-ce qu’il t’a apporté ?

C’était une expérience précieuse dans un métier aussi solitaire que la traduction littéraire. Aujourd’hui, il est facile de joindre les auteurs par courriel ou sur les réseaux sociaux ; à mes débuts, cette possibilité n’existait pas. Passer une semaine auprès d’Hervé Le Tellier, avec huit autres traducteurs, à explorer le texte et à lui poser nos questions, c’était travailler dans des conditions idéales. Nous partagions, je crois, le même bonheur d’apprendre, au contact de l’auteur comme les uns des autres. Venus des quatre coins de l’Europe, nous confrontions nos lectures, nos doutes et nos choix dans différentes langues. Ces échanges ont été d’une grande richesse.

Raphaël Lods, Yannan Wu, Regina López Muñoz, Erlend Wichne, Paweł Łapiński et Tânia Ganho © Tânia Ganho

Tu as également co-dirigé l’atelier ViceVersa français-portugais d’ATLAS en mai 2026. Peux-tu nous raconter ton expérience ? 

C’était une très belle expérience ! J’ai coordonné l’atelier ViceVersa avec Hélène H. Melo, que j’ai rencontrée au Portugal pour le préparer. Nous avons tout de suite trouvé un rythme commun, avec une manière de travailler assez proche. Hélène est particulièrement méticuleuse et perfectionniste. Nos journées étaient bien remplies : dès huit heures, nous préparions les séances au petit-déjeuner, puis nous travaillions avec les dix autres traducteurs de neuf heures à seize heures trente ou dix-sept heures. Ensuite, chacune regagnait sa chambre pour préparer le lendemain. C’était intense, mais quel plaisir de voir les participant·es si heureux·ses d’échanger ! Dans un métier habituellement solitaire, ces moments de travail collectif sont précieux, enrichissants et souvent très drôles. La traduction est un travail sérieux, mais partager nos doutes peut aussi être une source de joie.

Les liens se prolongent au-delà de l’atelier : nous échangeons toujours dans notre groupe WhatsApp. Je crois que nous avons noué des amitiés durables, et je suis sûre de repartir de ma résidence Archipelagos avec encore plus d’ami·es.

© Tânia Ganho

 Cette fois-ci, tu es venue au CITL dans le cadre du programme Archipelagos, comment se passe ta résidence ? Est-ce que l’expérience est différente par rapport à tes précédents séjours à Arles ?

C’est différent de mes précédentes résidences, où je partageais mon temps entre la bibliothèque du CITL et la résidence pour travailler sur des textes. Cette fois, je passe la moitié de mon temps en librairie, à échanger avec des libraires, mais aussi avec des bibliothécaires. Ce travail est plus varié et enthousiasmant : tout le monde me recommande des livres, et j’en ai déjà acheté trop ! Je ne sais pas comment je vais les rapporter au Portugal (rires).

Je découvre ainsi des auteurs que je ne connaissais pas du tout. Hier, je suis allée à Avignon, à la librairie La Mémoire du monde. À Arles, j’ai échangé avec l’équipe d’Actes Sud, ainsi qu’avec Anne et Ameline d’ATLAS. Aujourd’hui, j’irai à la librairie des Grandes Largeurs. Je repars avec de nombreux contacts et je fais ce que j’aime : découvrir des œuvres, des auteurs, des livres. Le reste du temps, je lis tranquillement. C’est le paradis.

© Tânia Ganho

Ton projet au départ était de trouver de nouvelles voix littéraires francophones afin de les présenter à des éditeurs portugais, est-ce toujours le cas ? As-tu trouvé un ou plusieurs ouvrages à traduire durant ta résidence ?

J’ai découvert énormément de livres pendant Archipelagos et j’ai désormais plusieurs titres à proposer aux maisons d’édition portugaises. Je suis presque sûre qu’au moins l’un d’eux sera traduit et publié au Portugal. Cette perspective me réjouit : j’espère faire découvrir aux lecteurs portugais des voix francophones qui leur plairont.

Pour Archipelagos, j’ai retenu deux titres : Renata n’importe quoi de Catherine Guérard et Écarlate de Christine Pawlowska. Publiés il y a plusieurs années, ces ouvrages m’ont été recommandés par plusieurs libraires, alors que leurs autrices sont aujourd’hui peu évoquées. Une collègue qui traduit de l’espagnol m’a aussi vivement conseillé Renata n’importe quoi : j’ai hâte de le lire.

J’ai également choisi deux romans de la rentrée littéraire, conseillés chez Actes Sud : Mordre l’orage d’Isabelle Pandazopoulos et Roche Brune de Sophie Divry. Ma liste de lectures devrait m’occuper pendant quelques mois (rires).

Au Portugal, comme ailleurs en Europe, on traduit beaucoup de littérature anglophone, parfois au détriment de la littérature francophone. J’espère contribuer à diversifier l’offre éditoriale portugaise en y faisant découvrir des auteurs et des autrices français·es.

Tu as traduit de nombreux auteurs durant ta carrière, est-ce qu’il y a un auteur ou une œuvre qui t’a particulièrement marquée ? 

Beaucoup ! J’ai adoré traduire Annie Ernaux : j’aime profondément ses livres et les sujets qu’elle aborde. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à traduire Leïla Slimani, dont j’ai traduit tous les romans, ainsi que les essais, qui viennent de paraître au Portugal.

Hervé Le Tellier m’a marquée d’une autre manière. J’ai traduit beaucoup de femmes qui abordent des sujets difficiles — la violence, les abus sexuels, le viol — et je suis attachée à la place de ces thèmes en littérature. Avec lui, j’ai découvert un univers très différent : drôle, ludique, et riche en jeux de mots qui représentaient un véritable défi de traduction. Notre rencontre au CITL a aussi rendu cette expérience particulière.

Je crois que chaque auteur nous laisse quelque chose qui nous accompagne. Et j’ai cette chance : je traduis rarement des livres que je n’aime pas.

© Tânia Ganho

Tu choisis tes traductions ? Tu ne reçois pas de commandes ?

Depuis plusieurs années, je peux choisir mes traductions. Les maisons d’édition portugaises avec lesquelles je travaille depuis longtemps connaissent mes goûts et me proposent des projets qui me correspondent. Je me laisse souvent emporter par l’enthousiasme : j’ai trop de travail et pas assez de vacances ! Au fond, je traduis les auteurs que j’aime lire.

À mes débuts, je n’avais pas cette liberté. Avant de me consacrer à la littérature, j’ai notamment traduit des livres de développement personnel qui m’intéressaient moins. Avec le temps, j’ai pu choisir davantage, et j’en suis heureuse. Aujourd’hui, je regarde avec fierté la liste des auteurs que j’ai traduits.

Paweł Łapiński, Laura Giuliberti, Tânia Ganho, Yannan Wu, Medhi Shojaie, Regina López Muñoz, Erlend Wichne, Athanasse Sougarev © Tânia Ganho

J’aimerais aussi souligner l’importance des projets menés au CITL par l’équipe d’ATLAS. On parle beaucoup de l’IA et du remplacement des traducteurs. Cela se produit déjà dans le sous-titrage, avec des résultats que je trouve désastreux, et certaines maisons d’édition y ont également recours pour la traduction littéraire. Il me semble donc essentiel de défendre la place des traducteurs et de leur travail.

Lire, écrire, s’exprimer : ces pratiques nourrissent notre capacité à réfléchir. Des projets comme Archipelagos ou ViceVersa sont précieux parce qu’ils font vivre la littérature à travers les échanges, le partage et la réflexion. Le langage est au fondement de la littérature, mais aussi de notre culture et de notre vie en société. J’espère que ce travail se poursuivra encore longtemps.

Retrouvez le portfolio de Tânia, et le fruit de ses recherches, sur archipelagos-eu.org/translators/

 

À propos d’Archipelagos

 

Archipelagos est un projet triennal lancé en janvier 2024, co-financé par le programme Europe Créative de l’Union européenne et, en France, par La Sofia et la Région Sud. Porté par ATLAS, en collaboration avec 11 partenaires, il a pour objectif de mettre en lumière, auprès des lecteurs et des professionnels du livre, la diversité des voix littéraires d’Europe et le travail d’exploration mené par les traducteur.rices littéraires.

 

archipelagos-eu.org

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