ATLAS – Association pour la promotion de la traduction littéraire

Dans le cadre du projet Archipelagos, porté par ATLAS et co-financé par l’Union Européenne, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et La Sofia, la traductrice littéraire Maria Matta a effectué une résidence d’exploration de deux semaines, une au CITL, et une à Paris, à la recherche de textes surprenants.

 

Nous vous proposons de découvrir son exploration au CITL et à Arles.

19 octobre 2026

Propos recueillis par Nelly Ayme, volontaire en service civique avec ATLAS en 2026.

Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ? 

Je suis Maria Matta, traductrice littéraire portugaise. Je traduis du français ou de l’espagnol vers le portugais ; je traduis également vers l’espagnol, mais en ce moment je suis à la recherche de textes français à proposer au Portugal. Je suis à Arles pour participer au programme Archipelagos. 

Tu as participé à la formation La Fabrique des traducteurs, ainsi qu’au programme Levée d’encres. Peux-tu nous parler de ces expériences ? Est-ce que ces programmes ont fait évoluer la vision que tu avais du métier de traductrice ?

La Fabrique des traducteurs portugaise était un programme pour jeunes traducteurs auquel j’ai participé en 2011-2012. À l’époque, il fallait avoir un contrat de traduction pour candidater ainsi qu’une traduction publiée. Je n’en avais pas encore, mais j’ai réussi à avoir mon premier contrat pour pouvoir participer à la Fabrique. Une maison d’édition, qui publiait beaucoup de littérature française, m’a proposé un texte de Françoise Chandernagor, Les Enfants d’Alexandrie. Je l’ai donc amené pour que l’on puisse travailler ensemble sur ce texte. C’était génial, ça a été une expérience merveilleuse ! Je traduisais déjà mais j’étais plutôt une traductrice technique. Je voulais traduire plus de littérature, cependant c’était difficile de se faire remarquer par les éditeurs car ils engagent souvent les mêmes traducteurs. Ce programme a été vraiment fondamental pour que je puisse avoir plus de contacts avec des éditeurs et plus d’expérience. C’était aussi très motivant de passer trois mois avec d’autres traducteurs ainsi qu’avec les tuteurs qui avaient beaucoup d’expérience et qui nous aidaient dans nos traductions. C’était une expérience exceptionnelle pour tout le monde je pense. En parlant avec des traducteurs d’autres Fabriques, toutes et tous disent que ce programme a été un moment charnière pour pouvoir avoir plus de travail en traduction littéraire, c’était vraiment ce qui nous a lancé dans ce monde. Surtout, c’est un privilège de pouvoir travailler sur un texte à plusieurs, ça donne vraiment de meilleurs résultats que si l’on était tout seul.

En 2020, j’ai participé au programme Levées d’Encre dont le thème était la Méditerranée. ATLAS a choisi dix traducteurs qui avaient participé à la Fabrique au cours de ces dix dernières années. J’étais là pour représenter le Portugal, qui n’est pas méditerranéen, mais je les remercie d’avoir pu participer. Tous les dix, on formait un groupe, un comité éditorial. On choisissait des textes des langues depuis lesquelles on traduisait et on en parlait, on les proposait, on écrivait des fiches et on les défendait auprès de nos collègues du comité pour ensuite les présenter aux éditeurs. C’était très intéressant. À cause de la pandémie, la programmation en 2020 n’a pas pu avoir lieu, certains évènements ont été reportés en 2021, notamment la lecture de textes à l’institut du monde arabe à Paris. On a eu un metteur en scène, Manuel Ulloa, qui était aussi le metteur en scène de la lecture à Arles pour la Fabrique des traducteurs. Ce programme était très différent et enrichissant parce qu’on ne traduisait pas uniquement. On jouait aussi un rôle d’apporteur de texte, presque d’agent littéraire, d’éditeur ou de comité éditorial. C’était bien parce que c’était lié au livre mais pas seulement, on avait un rôle plus actif dans la traduction, on ne se limitait pas qu’aux commandes mais on cherchait aussi des textes que l’on voulait traduire. Je crois qu’il est un peu à l’origine de ce qu’est Archipelagos maintenant. C’était génial.

 

Est-ce que tu as arrêté la traduction technique au profit de de la traduction littéraire ?

Je ne me suis pas arrêtée. D’ailleurs la traduction littéraire au Portugal est vraiment très mal payée. Je continue à effectuer des traductions techniques, mais beaucoup moins ces dernières années à cause de l’IA. En même temps, j’ai plus de traductions littéraires et c’est ce qui m’intéresse vraiment. Pendant longtemps j’ai effectué les deux types de traductions en même temps, en sachant que la traduction littéraire était prioritaire pour moi. Si je devais refuser quelque chose, c’était la traduction technique. Toutefois, j’aime bien manger, payer mon loyer… C’était bien d’avoir les deux : l’un pour l’amour et l’autre pour l’argent.

© Maria Matta

Avec plusieurs autres participants du programme Levée d’encres, vous avez fondé le collectif DELTA (Défricheurs-Explorateurs de Littératures à Traduire Absolument). En quoi consiste exactement DELTA ? Qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce collectif ?

C’était un peu la continuation du programme Levée d’Encres, avec quasiment les mêmes participants. Adil Hadjami n’a jamais pu quitter le Maroc pendant le confinement, c’est le seul que l’on n’a jamais rencontré personnellement. On a fondé ce collectif à neuf pour garder cet esprit de comité éditorial, parce que ça nous a tellement apporté de parler des textes que l’on avait repérés, de pouvoir les défendre auprès de nos collègues, de voir ce qu’ils en pensaient, mais également d’être captivé·es par les propositions des un·es et des autres. Le programme Levées d’Encres s’était arrêté mais c’était tellement bien que l’on a décidé de mettre en place DELTA. C’est aussi une excuse pour continuer à se voir et passer du temps ensemble, parler de tout ce qui est lié à la traduction. On s’entend tous très bien, on s’est rendus à quelques résidences ensemble, notamment à Saint Symphorien en 2023, au chalet Mauriac.

Tu as également participé à un des ateliers ViceVersa portugais-français proposé cette année à ATLAS. Est-ce qu’avoir la possibilité d’échanger avec d’autres collègues traducteurs t’a aidé à mieux comprendre et à avancer sur ta propre traduction ? 

Oui carrément, c’était merveilleux ! C’est aussi grâce à Levées d’Encre, puis à DELTA, que j’ai rencontré Hélène Melo, qui a été notre tutrice à l’atelier ViceVersa. 

Ayant participé à la Fabrique je pouvais comparer les deux. C’est très différent, déjà parce qu’un programme était de trois mois et l’autre d’une semaine. L’autre grande différence, par rapport aux autres séjours que j’avais effectués auparavant, était que je connaissais plus de traducteurs français que portugais. Parce qu’à la Fabrique portugaise, il n’y avait que moi venant du Portugal, tous les autres étaient brésiliens ou français. Puis, avec Levées d’Encres, chacun venait d’un pays différent. Cette fois, j’ai vraiment pu passer du temps avec des traducteurs portugais, ce qui était bien vu que le portugais du Portugal est un peu différent de celui du Brésil. C’était bien d’avoir l’avis de collègues portugais, mais également ceux des collègues françaises, pour la compréhension de l’original. C’était vraiment chouette ! Puis je crois qu’on a constitué un très bon groupe, on s’est très bien entendus. On a tissé des liens, j’ai pu me rapprocher de personnes que je ne connaissais pas, ou seulement de nom, mais que je n’avais jamais rencontrées alors que l’on vit dans la même ville. C’étaient des journées assez intenses, parce que l’on travaillait de neuf heures à dix-sept heures, dix-sept heures trente. On passait la matinée sur un texte, et l’après-midi sur un autre, on les disséquait vraiment, on les analysait à fond. C’était bien parce qu’il y a tellement de perspectives que l’on peut avoir sur un texte. Parfois tu traduis, tu crois avoir bien fait, mais ça enrichit tellement la traduction d’avoir l’avis de plusieurs personnes. Puis, ça permet également d’apprendre des mots, des expressions françaises ou portugaises, pour les traducteurs qui traduisent vers le français. C’était génial, vraiment, c’était une expérience très spéciale pour tout le monde. 

© Maria Matta

Tu avais choisi Le rayon vert de Jules Verne pour cet atelier, pourquoi cette œuvre en particulier ?

Il n’est pas très connu, je crois même que le film d’Eric Rohmer est plus connu que le livre. J’avais envie d’en faire quelque chose. Je ne sais toujours pas si je vais le proposer à des éditeurs, parce que ce n’est pas un texte de science-fiction comme il y en a d’autres de Jules Verne. J’avais déjà traduit cet auteur, avec Le Voyage au centre de la Terre, qui m’avait d’ailleurs beaucoup plu. Le Rayon Vert c’est différent, il s’agit d’une histoire d’amour. Je ne savais pas s’il intéresserait vraiment les éditeurs parce que c’est un texte qu’on ne lit pas souvent je pense. Mais, je voulais travailler dessus. Lorsque l’atelier ViceVersa a été annoncé, j’ai demandé s’il fallait que l’on choisisse un texte qu’on avait l’intention de publier, ce à quoi on m’a répondu que ça pouvait être un texte que j’avais dans mon tiroir. C’était peut-être le livre idéal parce qu’il n’est pas récent, il date du XIXe siècle, il y a de nombreux défis de langue. Tous les textes proposés durant l’atelier étaient très variés les uns des autres. Ils posaient des défis différents et il y avait un côté humoristique que je voulais garder, même si je ne savais pas vraiment si c’était de l’humour ou si c’était juste la façon d’écrire de Jules Verne à l’époque. C’était bien d’avoir ces éclaircissements auprès des collègues françaises, de discuter de la meilleure façon de rendre le texte en portugais. C’est vraiment un récit qui a beaucoup gagné à être traduit à plusieurs. Enfin, c’est moi qui l’ai traduit mais ça m’a aidée d’avoir plusieurs avis. Je serais vraiment intéressée à l’idée de participer de nouveau à un atelier ViceVersa.

As-tu trouvé une œuvre que tu souhaiterais traduire pendant ta résidence ?

J’ai repéré plein de livres, je suis toujours en train de lire le premier que j’ai emprunté ici à la bibliothèque, qui s’appelle Hors de soi – Déjouer la tyrannie. Il s’agit d’un essai de la philosophe Apolline Guillot. C’est très intéressant parce qu’il va un peu à l’encontre de ce que je lis d’habitude sur l’attention. On nous dit qu’il ne faut pas éparpiller son attention, qu’il ne faut pas gaspiller son temps… Et là, sur ce texte, l’autrice défend le droit de ne pas être attentif, de perdre son temps, de ne pas toujours tout planifier et laisser la vie mener son cours. C’est très intéressant, surtout que c’est quelque chose qui m’inquiète, je me rends compte que l’on est de moins en moins attentif. Après, j’ai acheté onze romans et un essai. Je veux aussi chercher de la poésie, mais je n’en ai pas trouvé pour l’instant. Je n’ai pas encore lu tous ces textes, je suis là depuis seulement quelques jours. À la librairie Les Grandes Largeurs, à Arles, j’ai acheté deux des recommandations de la libraire. Puis, il y avait aussi d’autres œuvres qui m’avaient été conseillées par une traductrice nommée Iris-Aléa Reinald. Il y a en a d’autres dont mes collègues de DELTA avaient parlé que j’étais curieuse de lire et j’en ai profité pour les prendre. Il y en a aussi d’autres que j’ai trouvés juste en me baladant dans les librairies. Je vais continuer mes recherches.

© Maria Matta

Ton projet était de rester une semaine à Paris et une à Arles, as-tu prévu d’assister à des évènements en particulier où veux-tu juste repérer diverses œuvres littéraires ?

Cette résidence je l’ai demandée pour deux semaines, la première à Arles et la deuxième à Paris, où je me rendrai dans quelques jours. Ça sera une semaine très tranquille, je pense, en termes d’événements littéraires : il n’y en a pas beaucoup pendant le mois d’août. Ça m’arrangeait de suivre ce programme en été et je savais qu’en août je pourrais rester toute une semaine dans la résidence où je me rends, où j’ai déjà habité lors de mon Erasmus à Paris. J’ai passé pas mal de temps dans la capitale, je connais les librairies. Je ne cherche pas que des nouveautés, mais j’ai envie de découvrir de nouvelles choses. Je veux avoir un écrit libre d’auteurs contemporains mais pas seulement. Il y a pleins de textes dans la littérature française, des classiques, qui sont assez fondamentaux et qui ne sont pas traduits en portugais. Dans mon projet, je n’ai pas spécifié de thèmes ou de genres littéraires, je souhaite trouver surtout des textes qui me surprennent, qui valent la peine d’être traduits, qui enrichissent le panorama littéraire du Portugal. 

À Arles, avec les Rencontres de la photographie, je me suis rendue dans plusieurs galeries. Je n’étais jamais allée à Arles durant la période du festival, je vais profiter d’être là pour en voir un maximum. Hier, je me suis rendue au festival Phare, qui était génial. Il y avait des courts-métrages humoristiques diffusés au théâtre antique, le cadre était merveilleux. C’était une expérience très différente déjà de pouvoir voir ça dans ce lieu, c’était magnifique. Puis, j’ai beaucoup aimé les courts-métrages. C’est impressionnant la vie culturelle d’Arles, surtout l’été je pense. Quand j’ai participé à La Fabrique c’était l’hiver, il ne se passait pas grand-chose. C’est très riche l’été et c’est beau de voir ça, toute cette vie.

© Maria Matta

Ça te donne envie de revenir de nouveau ?

Oui ! Je me sens de plus en plus chez moi ici. Puis, c’est une expérience différente parce que c’est la première fois que je viens seule, sans être dans un programme collectif. Même si je suis venue plusieurs fois, cette fois-ci je le vis différemment. J’ai rencontré les résidents aussi, on passe du temps ensemble, pendant les repas, on parle pas mal et c’est bien mais on n’est pas en groupe, à aller tous ensemble en même temps au même endroit. C’est intéressant de vivre cette expérience autrement.

Retrouvez le portfolio de Maria, et le fruit de ses recherches, sur archipelagos-eu.org/translators/

 

À propos d’Archipelagos

 

Archipelagos est un projet triennal lancé en janvier 2024, co-financé par le programme Europe Créative de l’Union européenne et, en France, par La Sofia et la Région Sud. Porté par ATLAS, en collaboration avec 11 partenaires, il a pour objectif de mettre en lumière, auprès des lecteurs et des professionnels du livre, la diversité des voix littéraires d’Europe et le travail d’exploration mené par les traducteur.rices littéraires.

 

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