Adrienne Orssaud, traductrice de l’espagnol et animatrice d’ateliers
Tout au long de l’année, ATLAS développe de nombreux projets d’action culturelle, destinés à sensibiliser des publics variés aux enjeux et à la pratique de la traduction littéraire. En 2026, nous vous proposons d’en découvrir davantage sur ces activités : traductrices et traducteurs animateurs d’ateliers, enseignants, partenaires ou encore participants partageront leurs expériences dans des entretiens publiés chaque mois sur notre blog !
Pour ce deuxième entretien, mené par Fanny Viéthel (volontaire en service civique), c’est à Adrienne Orssaud, traductrice de l’espagnol et animatrice d’atelier, que nous tendons le micro.
En 2021, Adrienne Orssaud a suivi une formation à l’animation d’ateliers proposée par ATLAS. Depuis, elle intervient régulièrement en milieu scolaire et a même conduit une formation à l’animation d’ateliers à destination de publics allophones (Quai des langues). Elle fait également partie du jury du Prix ATLAS des lycéens pour la langue espagnole depuis deux ans.
Comment en es-tu venue à la traduction littéraire ?
Je traduis à la fois depuis longtemps et depuis peu. Depuis longtemps parce que j’ai commencé la traduction d’édition il y a une quinzaine d’années et depuis peu parce que ce n’est mon unique activité que depuis 2 ans. Avant cela, j’ai fait de longues études littéraires, consacrées à la littérature argentine contemporaine, et un peu de recherche dans ce domaine. J’ai aussi travaillé en bibliothèque et dans la traduction pragmatique. Le livre est toujours au centre de mes activités, j’ai même un CAP de reliure artisanale et quelques orteils dans le théâtre (hors plateau, même si j’ai aussi une formation de comédienne). J’aurais volontiers passé ma vie à apprendre, et c’est peut-être pour ça que la traduction me plaît, puisqu’à chaque livre il faut faire un peu de recherche et s’adapter à un nouvel univers…
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Qu’est-ce qui t’a donné envie d’animer des ateliers et des formations à l’animation d’ateliers d’initiation à la traduction (pour des publics primo-arrivants allophones) ? Comment t’es-tu formée ?
J’ai suivi deux formations Quai des Langues en 2021, en pleine période Covid. Je me suis inscrite à la première par curiosité et intérêt. Aussi parce que j’étais en train de me décider à essayer de vivre de la traduction et que je voulais avoir plus de cordes à mon arc. Je suis ressortie de cette formation à la fois émerveillée par tout ce qu’on avait vu, les trésors d’imagination déployés pour faire des ateliers sur mesure suivant les personnes auxquelles ils s’adressaient et la pluralité des formes que pouvait prendre le simple fait d’initier quelqu’un à l’exercice – ou plutôt de lui révéler que c’est un exercice qu’il fait déjà, il y a quelque chose de l’ordre de la maïeutique dans ces ateliers. Mais j’étais aussi assez angoissée à l’idée de me retrouver devant un groupe. Je ne me sentais pas armée du tout pour ça. La formation m’avait donné des tas d’outils, oui, mais j’avais encore du mal à me projeter en train de les utiliser face à une dizaine de personnes de différentes langues et parcours.
Je me suis naturellement inscrite à une deuxième formation pour approfondir tout ça – et aussi pour le goût de se retrouver avec d’autres traductrices et traducteurs en pleine pandémie, de réfléchir en groupe et de partager des moments qui se sont avérés assez subversifs dans le contexte du moment. L’aspect théâtral de cette deuxième formation (avec Marjorie Nadal) m’a emballée parce que j’ai un peu étudié le théâtre et que j’ai senti qu’il y avait là des outils dont je pourrais m’emparer et qui, de fait, m’ont ensuite été très utiles en atelier.
Former des traductrices et traducteurs à animer des ateliers a encore été une autre expérience. Nous étions trois et nous avons apporté des éléments très différents chacune, qui, je crois, faisaient un ensemble assez complet. ATLAS avait aussi prévu un atelier de chinois, ce qui était une excellente expérience, puisqu’on a pu se retrouver « dans la peau » d’un.e participant.e qui a peu de repères en français. Pour cette formation, en plus des outils pédagogiques apportés par Kim Leuzinger, nous avions inventé des exercices mêlant musique et traduction, avec Alexandra Satger (musicienne et cheffe de chœur), aussi dans l’idée de permettre aux participant.es d’accéder une forme de disponibilité, qui aide beaucoup pour l’animation, et d’ouvrir l’éventail des possibilités.
« C’est un exercice qui ouvre aux autres et à soi-même. »
Selon toi, à quoi sert un atelier d’initiation à la traduction littéraire ?
Je ne crois pas que tous les ateliers servent à la même chose. Pour ce qui est des ateliers Quai des Langues, ils jouent un rôle, pour moi, bien précis et précieux. J’ai senti avec chaque groupe que j’ai rencontré que l’atelier leur permettait de faire un pas de côté par rapport à leur apprentissage du français, la plupart du temps contraint, et de comprendre la richesse de leur expérience linguistique. Souvent, les participant.es de ces ateliers parlent plusieurs langues et passent leur temps à passer de l’une à l’autre. Seulement, comme ils sont forcés d’apprendre le français le plus vite possible, ils sont confrontés à leurs faiblesses dans cette langue, ce qui s’avère très dévalorisant – surtout que leur niveau en français conditionne leurs possibilités de travailler, voire de régulariser leur situation pour certain.es. Par ailleurs, ces ateliers leur donnent souvent l’espace de se rencontrer entre elleux, de découvrir mutuellement leurs alphabets, les points communs entre des langues de la même famille, etc. Et, qui sait, aller plus loin, parler de leurs parcours. Donc, pour moi, je dirais que ce sont des espaces de liberté et d’échange avant tout. Ça se passe autour de la traduction, de l’agilité de passer d’une langue à une autre, de la façon dont on porte les textes et de la sensibilité que ça demande. C’est un exercice qui ouvre aux autres et à soi-même.